Un cours de sport pas comme les autres

Le sport et moi, on a jamais été très amis. Il est dur d’apprécier le sport quand depuis petite, on est toujours, toujours, toujours bonne dernière dans n’importe quelle discipline*, quand on voit les autres faire tout si facilement alors que pour nous, tout est affreusement compliqué. Et c’est d’autant plus dur quand bien sûr, on a subi l’EPS au collège en tant que dys non diagnostiquée. On a de quoi faire en terme d’angoisse et de larmes : le sentiment d’être complètement à côté de son corps, les autres qui se moquent et qui te hurlent dessus en sport collectif, les profs qui râlent aussi, et bien sûr l’enfer de la constitution d’équipe où, bien sûr, on sera la dernière à attendre d’être choisie.

* (sauf peut être l’escalade. j’aimais bien.)

Et même avec un diagnostic, en fait. Les profs ne sont pas éduqués, et comme on a un handicap invisible, on a juste l’air de pas faire d’efforts. Je n’ai pas oublié la prof d’EPS que j’ai prévenue un jour, avec beaucoup de difficultés parce que je venais tout juste de recevoir un diagnostic… et qui m’a collé un 6/20 en volley alors que j’ai travaillé très dur tout au long du trimestre. Donc oui, je pourrais dire que comme beaucoup de dys ou aspergers, je suis traumatisée du sport.

Reste qu’il paraît que c’est bien. J’ai toujours été très très sceptique face au discours « le sport ça rapproche les gens et ça apprends la fraternité », parce que moi ce que ça m’a appris, c’est comment un groupe peut se monter contre la personne la plus faible et comment le fait de porter un survêtement est la parfaite excuse pour trouver tous les défauts physiques de l’autre. Je pense que les gens qui disent ça n’ont pas tout compris. Je pense aussi que forcer des ados qui n’ont PAS ENVIE de faire du sport, sans prendre en compte leurs différences, ça finit forcément mal.

Là ou j’essaie d’en venir, c’est qu’au début de l’année, j’ai tout de même décidé de prendre le pack sport pour avoir accès à des activités avec la fac. L’idée de base, c’était la natation. C’est bien, la natation, pas trop besoin de relations avec les autres, et a priori je suis plutôt à l’aise dans l’eau (j’adore nager), même si j’ai de grosses lacunes (en gros je ne sais nager que la brasse. En mode enclume.).

Et puis manque de chance, les heures ne me convenaient pas. J’ai pensé à trouver autre chose.

Du handisport.

« Le S.U.A.P.S vous propose des activités handisport (U.E.O,Bonifiant, Loisirs). Ces activités sont regroupées dans un cours spécifique, ouvert à tous, que vous soyez en situation de handicap ou non.
L’esprit en est résolument tourné vers la découverte de sports différents et l’échange tant physique qu’intellectuel entre les étudiants, au travers de pratiques mixtes.

La mixité est l’élément majeur recherché : c’est l’occasion d’une pratique entre camarades de promotion qui, sans matériel adapté, ne pourraient pas partager ces moments d’apprentissage, de plaisir et d’échange autour d’une activité sportive. »

Du sport adapté, on pourrait dire, non ? Et même si mon handicap n’est pas celui d’une personne en fauteuil, ou un handicap sensoriel (les handicaps cognitifs comme les troubles dys ne sont JAMAIS mentionnés dans les discours sur le handicap, malheureusement), c’en est toujours un, SURTOUT dans la pratique du sport. Les aménagements dont j’ai besoin sont plus psychologiques que matériels si je peux dire (explications claires, encouragements, voir que je fais des efforts par exemple). Je me dis en m’inscrivant à ce cours qu’en plus, je pourrais rencontrer d’autres personnes handicapées, quel que soit le handicap, ça pourra être chouette et intéressant. Je me surprends même à rêver de rencontrer d’autres dys.

OU PAS.

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*RETOURNEMENT DE SITUATION AVEC UNE MUSIQUE DRAMATIQUE EN FOND* 

Comment dire, j’arrive au cours toute contente bien qu’appréhendant, et la première chose que j’entends c’est « mais je crois qu’il y a que des valides dans le groupe cette fois. »

AH. Et moi, où est ce que je me situe ? Valide ? Pas valide ? A moitié valide ? Et puis tous ces élèves, je ne les connais pas, quand ils me voient, ils ne voient pas une personne handicapée. Je dis ? J’explique ? Je dis rien et reste considérée valide ? Et puis si je le dis, ils vont sûrement me dire que je n’ai pas un vrai handicap, de toute façon, non ? (très honnêtement, j’entends ça presque à chaque fois) Ou alors on va encore me sortir que je suis dyslexique (ça aussi, presque à chaque fois. Je devrais faire une liste de phrases en fait.)

C’est probablement ce qui me traverse l’esprit à chaque fois que je me demande si je dois en parler, à vrai dire. Et là c’est d’autant plus la panique, que c’est un cours de sport, et puis, là, je me sens un peu seule, du coup. Et je m’énerve un peu. C’est quand même un cours qui est censé mixer les valides et les handicapés, à la base, et je me retrouve toute seule, à devoir expliquer mon handicap invisible à des personnes qui vont pas forcément comprendre ! Ce n’est pas juste, je suis une minorité comme d’habitude..

Mais bon, je suis changée, j’ai réussi à échanger quelques mots avec mes collègues ce qui est plutôt magnifique vu ma panique et ma timidité, et c’est parti. Aujourd’hui et pour les 5 ou 6 séances à venir, c’est basket fauteuil. Du basket. Moi qui n’ai jamais réussi a dribbler ou à attraper un ballon, et qui déteste les sports d’équipe. Je flippe encore.

On doit aller chercher les fauteuils et mettre les roues dessus. Evidemment je suis un peu perdue et doit demander de l’aide plusieurs fois (« tu clippes la roue comme ça ! » hmmmm quoiiii ?). Une fois que c’est fait, on s’installe chacun dans un fauteuil, et puis le prof nous explique un peu deux trois petites choses, et on part faire des tours de gymnase ; en échangeant de fauteuil avec quelqu’un de temps en temps puisqu’ils sont tous différents. Que dire, il faut appréhender l’engin, mais globalement je trouve ça assez amusant, et tout le monde galère un peu. Un bémol sur ce fauteuil qui me faisait paniquer parce qu’il avait l’air de partir vers l’arrière parfois, malgré la roulette, me faisant pousser des cris d’écureuil paniqué (des. des cris aigus quoi. style « SQUIIIIIIH »)

Viens le temps de la présentation. Le prof qui se présente, et explique un peu plus le principe du cours. Découvrir que le handisport est autant un sport que les autres, et que les personnes handicapées sont autant des personnes que les valides si je peux dire (c’est pas évident pour tout le monde !), et toutes ces choses avec lesquelles je suis bien d’accord.  Le handisport pour les valides sert ici à leur faire comprendre, par le corps, dans quelle situation peut être une personne handicapée.  Et des choses comme le basket fauteuil qu’on a pratiqué ce jour là, je dois dire que ça marche aussi pour expliquer un peu la situation d’un dyspraxique. Je développerai ça plus tard. Chacun-e se présente et dit dans quoi il-elle étude, pourquoi il-elle est là. Je détonne en Arts du Spectacle, alors que tout le monde vient de psycho, droit ou carrières sociales.

« Et toi qu’est ce qui t’amènes ici ? »

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« …. B-Bon euh eh bien en fait j’ai un petit handicap qui s’appelle la dyspraxie, c’est pas exactement pareil que ce dont on parle, et, euh, ça m’a un peu amenée ici, euh voila »

Je m’attends au grand blanc, au « QU’EST CE QUE C’EEEEEST », à des questions, à tout, sauf à « oh okay » du prof et tout le monde qui réagit de la même manière, c’est cool, c’est normal. Et après, le prof m’inclut quand il parle du handicap, en tant que personne handicapée.

Je–

C’EST MAGNIFIQUE.

Donc déjà, j’ai le sourire, je panique beaucoup moins.

Et la suite du cours ? Soyons clair, c’est dur pour tout le monde. Certes, je suis un peu lente, mais au final je suis à peu près égale aux autres, et c’est bien la première fois. On fait des exercices, avec ou sans ballons, pour acquérir plusieurs réflexes (j’ai cassé quelques ongles à l’apprentissage du freinage), pour apprendre à ne pas se foncer dedans (plus dur que ça en a l’air !), etc. Tout au long, on est plutôt pas mal encouragés, jamais vraiment critiqués, plutôt conseillés. En ce qui concerne mes collègues, ils sont tous compréhensifs.  Bref, c’est cool, et c’est rigolo. Après, on a fait des matchs et je me suis franchement amusée, et on a beaucoup ri. ET LE PROF A JOUE. JE REPETE. LE PROF A JOUE AVEC NOUS AU LIEU DE RESTER DANS UN COIN A NOUS CRIER DESSUS. (oui j’ai de magnifiques souvenirs de mes profs de collège/lycée…)

C’est très, très rafraîchissant d’entendre un prof me dire « C’est bien ! » en SPORT, de me sentir encouragée. Je suis sérieuse. Je n’ai pas l’habitude, vraiment pas.

Et en fait, je trouve le basket fauteuil plus adapté pour moi que la discipline des valides. C’est tout bête : en fauteuil, je ne dois m’occuper que des mes bras, et de mon buste. Pas de mes jambes (même s’il faut vraiment que j’arrête de lever les fesses dès que je veux marquer un panier, ooouuh). Courir en faisant attention à plein d’autres choses, c’est dur. Utiliser mes bras et mes jambes en même temps, c’est dur.. N’utiliser que la partie haute du corps, ça me facilite un peu les choses.

Comme je l’ai dit, je pense que d’être un peu plus en situation d’égalité avec les autres aide bien aussi.

Et puis en fauteuil, on a plus d’espace personnel, je me soins moins menacée quand quelqu’un s’approche, on a une plus grande « bulle » autour de nous (ce qui amène quelques collisions aussi parce qu’on s’en rend un peu moins compte)

Quand après les matchs, on énumère les difficultés par rapport au basket valides, certaines me sont particulièrement amusantes. « C’est dur de faire des passes » : Je ne savais pas en faire debout non plus…  « c’est dur de marquer au panier » : ça ne change rien pour moi encore une fois.

Je ne suis donc pas en fauteuil, mais d’une certaine manière ça met quand même les autres en situation de dyspraxie : être perdu sur le terrain, ne pas savoir comment faire le mouvement qu’on veut faire (faire les virages en fauteuil est encore assez laborieux), devoir réfléchir tout le temps et rater la moitié de ses passes parce qu’on arrive plus à juger les distances… ça m’est très, très familier.

C’est donc très, très positif, c’est bien la première fois que je m’éclate en sport et que j’ai pas envie de pleurer parce que je n’y arrive pas, que je me sens intégrée, et écoutée. Je me suis vraiment amusée, j’ai bien ri, et je suis super fière de moi, même si je suis rentrée épuisée, avec les ongles en sang (les freinages…)

A la fin, on m’a posé des questions sur la dyspraxie, mais gentiment, sans m’agresser. Je suis en train de me dire que je ferai bien une petite « simulation dyspraxie » si j’avais le matériel d’ailleurs, un jour peut-être.

Ces prochaines semaines, on va continuer le basket, mais par la suite on va apprendre à connaître d’autre disciplines de handisport, pas forcément pour les handicaps moteurs d’ailleurs. J’en présenterai peut-être d’autres ici.

Le handisport c’est chouette !

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La peur du mot « handicap » et autres attitudes

Je suis beaucoup la toile anglophone, et c’est surtout parce qu’il y a beaucoup plus de ressources sur les troubles dys et autistiques qu’ailleurs en français ; malheureusement.  Qui dit foison de ressources et d’articles veut aussi dire foison de discours, et je commence à être fatiguée de certaines choses.

Tout commence avec un article qu’un abonné de Dyspraxic Panda m’a fait passer où une personne dyslexique qui a eu du succès dans sa vie personnelle nous dit que « la dyslexie n’est pas un handicap ! C’est un don ! »

Et ça m’embête. Beaucoup. Et je ne suis pas la première à le dire. On en a discuté sur le blog.

Le refus d’employer le mot « handicap » pour quelque chose qui EST un handicap juste parce qu’une personne atteinte à « réussi », je trouve ça offensant. Parce qu’en lisant entre les lignes, ça dit que quand on a un handicap, on ne peut pas réussir. C’est aussi très mauvais pour les personnes qui, elles, sont en galère avec leur handicap. C’est nier leurs difficultés.

Et ce n’est pas un bon message à envoyer aux personnes qui ne sont pas atteintes du trouble puisqu’elle vont se dire « oh, bah c’est rien en fait ». C’est un peu ce qui arrive aux enfants précoces, comme ils ont une intelligence supérieure (donc un « plus ») les gens se disent qu’ils ont en fait de la chance et qu’ils « font semblant » d’avoir des problèmes. Parce que pour certaines personnes, l’intelligence ne peut pas aller de pair avec des troubles des apprentissages (hah, s’ils savaient.). Quand je dis que je suis dyspraxique on me répond souvent « mais tu es tellement intelligente !!! ». Euh. CA N’A RIEN A VOIR.

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« NEUROTYPIQUES. »

Il y a beaucoup, beaucoup de misconceptions, que ce soit pour les dys et les autistes mais aussi sur un champ plus large.

Une personne dyspraxique, dyslexique ou n’importe quoi d’autre aura peut-être un « talent » qui surprendra tout le monde, ou juste une prédisposition à certaines choses. Mais ça ne fait pas du handicap un don… Une personne malvoyante a un sens du toucher plus développé en conséquence de son handicap et personne ne dit que sa cécité est un don ! C’est séparé, tout ça ! Et parfois ces talents (ou même des choses plus simples que ça) surprennent tout le monde juste parce qu’on s’est dit que la personne concernée ne pourra rien faire à cause de son handicap. « Oh mon dieu ELLE SAIT FAIRE DES CHOSES ET ELLE EST HANDICAPEE COMMENT EST-CE POSSIBLE »

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Vous faites pleurer le Docteur avec vos bêtises.

J’écris bien, ça ne me rend pas moins dyspraxique et mes difficultés sont tout aussi présentes. Peut-être que si je n’étais pas dyspraxique, j’écrirais bien quand même.

De toute façon, si je choisis de me définir comme ayant un handicap, c’est à moi d’en faire la décision. Si quelqu’un me dit  » je ne considère pas mon _______ comme un handicap », ça marche aussi, hein.

Quand un handicap est invisible, on entend que ça « mais tu n’es pas handicapé !! », parfois accompagné « moi je connais _______ , il ne peut pas faire ça et ça ! ». Euh oui certes. Si vous pouviez éviter de me culpabiliser en passant.. Le raisonnement des gens, c’est que grâce à mes stratégies, je peux vivre à peu près comme tout le monde. Oui, certes. Mais le fait que j’ai du me créer des stratégies et trouver des idées est justement ce qui fait de moi une personne handicapée !! Ah, bien sûr, que c’est léger. Bien sûr, je vais très bien dans ma vie (j’ai envie de dire que ça n’a pas toujours été le cas, en plus).

La plupart des handicapés, léger ou non, on est pas très fan du discours « TRAGIQUE !!!! » (oui oui, même les gens dont le handicap est visible. Les gens en fauteuil n’aiment pas être regardés avec des yeux plein de pitié quand ils passent près de vous dans la rue, c’est vrai, je vous jure. INCROYABLE. Pardon, je m’enflamme.).  Ce n’est pas le discours que je recherche quand je me définis avec un handicap, même si les gens ont l’air de croire que je veux m’apitoyer sur mon sort ou me plaindre ou faire un concours (« moi je connais machin et il peut faire moins de choses que toi »). Les gens y mettent une grosse connotation négative mais j’énonce juste un fait, ni bien ni mauvais. Comme si je leur disais : « j’ai les yeux marrons. » « Ma pauvre :(( » n’est certainement pas une réponse que j’attends, en fait, je serai énervée si c’est ce qu’on me répond.

Je suis une personne avant tout, et je n’aime pas que l’on romance mes difficultés. Je suis très capable de voir le positif moi-même, et quand je parle de ce qui est difficile pour moi, on m’écoute. C’est tout.

Et la prochaine fois qu’on me twitte un de mes articles avec un commentaire du style « LA PAUVRE !!!! », je mords. (bon, c’est arrivé qu’une fois. Mais j’étais très vexée.)

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Je ne m’apitoie pas sur moi-même et je ne veux pas de la pitié des autres, la pitié c’est éloigner voire rabaisser la personne, la pitié, ce n’est pas comprendre. C’est dire « tu n’es pas comme moi et je ne veux vraiment pas être comme toi ». C’est humiliant, combien de fois on m’a dit « tu me fais pitié » d’un air dégoûté quand j’étais harcelée au collège ?? Alors voilà, réfléchissons deux minutes avant de partir dans le mélodrame 🙂

 

« Mais tu vas la ranger, cette chambre ! »

Quand j’étais petite, j’étais « dans la lune ».

J’oubliais mes affaires dans le casier du bureau le soir, et mon père était très souvent obligé d’aller les chercher pour moi pour que je puisse faire mes devoirs correctement . J’avais de la chance d’avoir un papa qui travaille à la commune, il connaissait mes maîtresses et avait les clés de l’école :’). En général on supportait, parce que j’étais bonne élève et très calme voire passive, même si je me faisais souvent réprimander.

Le dit casier était souvent en foutoir, mais je comprenais pas comment, parce que je faisais de mon mieux pour ranger. Alors quand on me le reprochait, je répondais que je savais pas pourquoi c’était comme ça. Mes parents ou mes maîtresses, ça les faisait rire, mais moi, j’étais réellement perturbée à ce propos ! Le rangement demeurait un vrai mystère pour moi !

Alors évidemment, dans ma chambre, c’était la même chose, et ma mère avait beau insister, je refusais constamment de la ranger. Pas par paresse (pas principalement en tout cas), simplement parce que je ne savais vraiment pas comment faire !

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– Qui a mis le bazar dans ta chambre ? disait un de mes parents, ou mes grandes soeurs

– Eyenne ! (les hyènes) je répondais fièrement. Il faut savoir que j’avais une obsession sur le Roi Lion quand j’avais 5 ou 6 ans, et visiblement j’étais déjà très forte pour trouver des coupables quand j’avais un problème.

Alors au bout d’un moment, elle en avait marre et elle rangeait elle-même, et puis je râlait parce que je ne retrouvais plus mes affaires (comme si ranger y changeait quelque chose, je perdais tout, chambre rangée ou pas).

Je crois que la première fois que j’ai rangé ma chambre seule, j’avais entre 12 et 14 ans. L’âge ou on veut pas que maman fouille dans nos affaires, en gros.

Encore maintenant, c’est une tâche assez difficile. Je ne sais pas où vont les choses, et surtout : PAR OU COMMENCER ? Très souvent, je finis debout, au milieu de ma chambre, à regarder le bazar avec de grands yeux et à ne pas savoir quoi faire. Alors je remet toujours la tâche à plus tard, parce que ça me fatigue, m’ennuie et m’énerve, et j’attend que la situation soit catastrophique pour m’y mettre. Sûrement pas la meilleure idée. En plus, je déteste jeter, alors j’ai pleins de petites choses inutiles qui se balladent mais qui ont une valeur sentimentale pour moi. Une fois par an, il faut carrément sortir le sac poubelle.

Evidemment depuis le temps, j’ai quand même trouvé des techniques ;

  • LES ETAPES. Les étapes, c’est magique. C’est justement ce qu’il manque dans la tête des dyspraxiques à cause du troubles des fonctions exécutives (oui j’aime bien les grands mots scientifiques). Pour faire court, le trouble des fonctions exécutives, ça veut dire que quand on a une grande tâche à faire on a du mal à la diviser en petites étapes. Donc l’idée ici, c’est de diviser la chambre en petites parties pour savoir par où commencer. Je fais ça par zones, personnellement, il y a zone « bureau » avec les étagères et tous mes livres, la zone « autour du lit » (oui oui) qui se retrouve généralement noyée sous les bouquins parce que je les replace pas où il faut le soir, la zone « armoire » avec le sol autour (le fameux tas de vêtements), la zone télé/chaîne hifi/cds…. Etc, etc. Bon, des fois je me retrouve quand même perdue une fois la zone choisie (surtout avec mes tas de vêtements géants !) ou alors je retrouve un livre que j’avais perdu et j’oublie ce que j’étais en train de faire… Mais globalement ça marche bien. 
  • C’est une technique qui peut être réadaptée pour les enfants. « Range ça », je pense que pour un enfant dyspraxique, c’est bien trop vague. Le mieux doit être de ranger avec eux en détaillant toutes les petites étapes, « d’abord je range les playmobils dans la boîte » « ensuite je met la boîte dans l’armoire », ce genre de choses. Et s’ils sont assez grand, on peut en faire une liste manuscrite à scotcher sur la porte !
  • On m’a conseillée de mettre des étiquettes sur les tiroirs ou les boîtes, pour se souvenir où vont les choses et pour qu’elles aient un endroit précis. Je l’ai fait pour le tiroir de mon bureau, sinon ça finissait toujours tout mélangé…
  • Pour ceux qui comme moi gardent tout, un grand ménage tous les 6 mois où tous les ans peut se révéler assez utile (et on retrouve des choses qu’on avait perdues des fois !). Avec tri des vêtements (je garde même les trucs qui me vont plus des fois, au bout d’un moment faut arrêter…)
  • Essayer de penser à vider la poubelle régulièrement. Ça parait idiot là, mais je dis ça parce que moi j’oublie tout le temps, et après je me retrouve avec des papiers qui débordent et une énorme collection de canettes de coca vides sur mon bureau… Ça fait désordre quand des amis viennent (je suis peut-être plus à ça prêt remarque).
  • J’ai pas de draps dans mon lit, je sais jamais comment les mettre et ils finissent tout le temps dans tous les sens le lendemain. Matelas + couette (avec une housse, assez horrible à mettre d’ailleurs) c’est suffisant.
  • J’ai lu sur un blog pour les hyperactifs qu’on peut aussi garder une boîte « fourre-tout » pour mettre les choses qui traînent jusqu’à ce qu’on sache où elle vont/qu’on aie le temps de ranger. Ça évite au moins d’avoir des trucs qui traînent partout ou sur le sol, je le fais des fois quand je veux juste passer l’aspirateur.

Tout ça, ça limite bien les dégâts . Après soyons honnêtes, je suis loin d’être un exemple de chambre bien propre et bien rangée. Surtout quand je passe des jours à remettre le rangement au lendemain !

Bon, et tout ça c’est que la chambre.

Je vais sûrement partir de la maison à la rentrée prochaine, j’espère que ces techniques sont applicables à un appartement entier :p surtout que je vivrais avec ma copine, et elle aime moins le désordre…

… C’était censé être un article sur l’organisation en général, mais il y a tellement à faire dans une chambre que je me suis étendue sur le sujet… Le reste ira dans un prochain article vu que je suis assez catastrophique dans ce domaine aussi.

Mais je me soigne, comme on dit !

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(source de l’image : http://morganemartinblog.free.fr/)

« Une vie passée à se battre contre les meubles et les lacets de chaussures : le blog »

On m’a proposé ce titre, et s’il faisait un peu long pour tout le blog, ça me semble pas mal pour le premier article. Vu que c’est un peu toute ma vie, effectivement.

J’ai appris à lacer mes chaussures quand j’avais douze ans, et c’était déjà un gros complexe arrivée à cet âge. C’est toujours une bagarre, maintenant. J’ai beau les refaire tout le temps, il se défont tous les quarts d’heures, surtout ceux de Converses… C’est bien LE truc qui m’amenait à penser que quelque chose n’allait pas chez moi, même quand j’avais huit ans. On se sent un peu laissé de côté quand tous les autres y arrivent, alors on fait semblant.

Et c’est comme ça que je me suis foulé la cheville en sport à l’école un jour parce que j’avais caché mes lacets à l’intérieur des chaussures. Forcément, déjà que j’étais pas forte en sport ! Ah, le sport ! De la primaire au lycée, une catastrophe, un enfer, l’impression que mon corps n’était pas le mien. J’avais beau essayer, il ne faisait jamais ce que je lui demandais ! J’avais beau faire de mon mieux, j’étais toujours la dernière, et on me criait dessus parce que j’étais une feignante ! Et au collège, les autres élèves se moquaient de moi constamment, me traitaient d’idiote, « deux de tension », « pas douée », « mais qu’elle est conne », « cruche »… La joie du sport ! La fraternité et l’esprit d’équipe, qu’ils disent.

En primaire et même au collège, j’étais juste la bonne gamine un peu trop rêveuse, un peu perdue. Je ne savais pas me repérer dans l’espace (c’est marqué dans tous mes bulletins), et je pleurais de frustration sur mes exercices de mathématiques et de géométrie, mais c’était parce que j’étais littéraire, tout ça, parce que je n’aimais pas ça. Après tout, j’avais appris à lire seule quand j’avais 5 ans et j’excellais en lettres, alors je ne pouvais pas avoir de problèmes. Juste un peu trop rêveuse et isolée (lire un bon livre dans la cour me semblait bien plus intéressant que de jouer avec les autres et de perdre constamment parce qu’ils couraient tous trop vite !). Et je tenais mal mon stylo, mais les professeurs avaient cessé de me faire changer de prise depuis longtemps, vu que même les embouts en caoutchouc ne marchaient pas. (et grâce à ça au moins, même si j’avais mal, j’écrivais bien !)

Un peu trop isolée, à l’excès à partir de la 5ème, parce que je parlais trop lentement, la moitié du temps je ne comprenais pas ce qu’on me racontait et je ne savais pas comment me comporter avec les autres. Parce que je réfléchissait avant de parler, j’étais lente. Parce que j’étais d’une timidité maladive qui me faisait bafouiller, rougir, ou dire des choses idiotes (pour les autres) dès que j’ouvrais la bouche, j’ai vite été mise à l’écart et harcelée jusqu’à mon entrée en première littéraire.

Si j’ai toujours pu m’en sortir et avoir des bonnes notes dans tout ce qui était littéraire (je parle pas de mon échec en maths), je crois que ma dyspraxie a vraiment, vraiment été un problème dans tout ce qui concernait les interactions sociales quand j’étais plus petite. Peut être que j’aurai pu avoir de l’aide à ce niveau.

Tout est il que moi, même si j’étais « intelligente », je sentais bien qu’il y avait un problème avec moi, et ce depuis toute petite. Pourquoi j’avais du mal à m’intégrer ? Pourquoi je me sentais si différente ? Pourquoi les mathématiques étaient si difficiles quand j’étais une si bonne élève dans le reste, et pourquoi, oh pourquoi mon corps ne m’obéissait-t-il jamais ? Trébucher, se cogner dans les meubles, avoir du mal à lacer ses chaussures, ne pas savoir éplucher une pomme (bon en fait, ça je sais toujours pas le faire), voir ses affaires devenir un bazar monstre sans comprendre comment c’est arrivé (bon ça c’est pareil, je comprends toujours pas), perdre ses affaires constamment, se perdre n’importe où… (en fait tous ces trucs sont toujours d’actualité)

Cette pensée m’est restée dans le coin de la tête pendant toutes ces années, jusqu’à un jour, où en cherchant sur internet, je suis tombée sur un site sur la dyspraxie.

Tout correspondait, où presque (par exemple je n’ai jamais été très mauvaise en graphisme, ceci dit quand on voit ma tenue du stylo..). Tout ! Je comprenais enfin que je n’étais pas « bizarre », pas idiote, juste dyspraxique. Juste différente.

J’ai été diagnostiquée par une neuropsychologue quelques semaines plus tard, et le simple fait de discuter avec elle m’a fait un bien fou.
J’ai passé mon bac sans aménagements (bac L, les épreuves de maths étaient déjà passées de toute façon…) et je l’ai décroché quelques mois plus tard.

Je n’ai jamais eu d’aménagements à la fac non plus, ceci dit, je tape tous les cours au pc et c’est bien suffisant pour moi !

J’ai crée ce blog parce que je trouve qu’on manque de ressources pour les « grands » dyspraxiques comme moi. Et puis.. je tiens déjà un blog sur tumblr en fait, en anglais, sur un « meme » qui s’appelle « dyspraxic panda ». La communauté anglophone est beaucoup plus grande et j’apprécie beaucoup de répondre aux questions de tout le monde et de discuter, mais je commençait à me dire que c’était pas très sympa pour mes amis français..

Alors maintenant j’ai aussi ce blog ! Attendez vous à des apparitions de notre dyspraxic panda !

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Collègue te propose de te reconduire à la maison — tu utilises le GPS pour lui expliquer où tu habites 

Quand des amis me ramènent à la maison, je suis obligée d’avoir une autre personne dans la voiture qui sait comment y aller, parce que même si j’ai fait le chemin des milliers de fois, je suis incapable d’expliquer..

Je pense poster des « astuces » aussi, parce que j’en ai pas mal vu que j’ai passé des années à compenser ma dyspraxie par moi-même (c’est ma neuropsy qui l’a dit :p) et je trouve encore plus de petits trucs depuis que je le sais… Par exemple pour boire du thé, les travel-mugs de Starbucks c’est magique, on en renverse pas partout !