L’enfant différent : l’accepter, le respecter

Petite section : J’ai deux ans et demi. Je ne sais pas m’habiller toute seule. La maîtresse m’assoit une heure et demi dans le couloir parce que j’ai « refusé » de mettre mon manteau seule. Cette histoire, on me l’a juste rapportée, je ne m’en souvient pas, mais après ça, je suis devenue muette (mutisme sélectif, à la maison j’étais une pipelette ;)). J’étais encore un bambin, je n’avais rien fait de mal, et c’est pas difficile de savoir que ce « refus » était plutôt une incapacité. Pendant toute ma petite section, je ne parle pas, le plus souvent je ne comprends pas ce qu’on me demande (bon, ça c’est un souvenir alors je suis pas sûre) ou ce que je fais là, je joue toute seule et ça ne me dérange pas plus que ça. 

Moyenne section (puis grande section) : Nouvelle prof. Rapidement, elle s’étonne. On lui avait dit que je ne parlais pas, mais elle a plutôt du mal à me faire taire ! Et forcément. Dans un environnement ou on me valorise et m’accepte plutôt que de me punir , où l’on me laisse parler d’Afrique et d’espace et de mes « obsessions » avec la maîtresse même si ce serait mieux que je socialise avec les enfants, je suis mieux et plus épanouie. C’est aussi simple que ça. 

CP/CE1 : Je passe beaucoup de mes récréations à lire. La maîtresse vient me chercher quand je suis toute seule dans un coin de la cour avec mon journal de Mickey et me demande d’aller jouer avec les autres enfants. Je ne comprends pas ce que je fais de mal. J’erre dans la cour à la recherche d’un groupe avec qui « jouer » même si je préférerais vraiment finir mon chapitre sur Donald. Jouer au loup, c’est pas drôle parce que je ne cours pas assez vite. La marelle, les autres changent les règles pour tricher et ça m’énerve, et je n’ose pas leur dire. Les autres jeux, on me donne toujours les mauvais rôles. 

N’empêche qu’au bout d’un moment, je me fais une amie de moi-même, et on reste que toute les deux, tout le temps. En CE2, c’est elle qui me fait jouer avec d’autres enfants, mais pas tout le temps, des fois, on aime bien être juste ensemble. C’est une amitié qui m’apportera beaucoup et durera jusqu’à la 6ème. 

CE2,CM1,CM2 : On me valorise. Savoir lire n’est plus un problème, et on me laisse socialiser comme je l’entends, ce qui est beaucoup moins stressant… J’aime plus l’école et j’aime les récréations. Je suis par contre toujours la dernière à sortir de classe quand on va faire du sport dehors (beuuuh)

6ème : La prof de maths m’envoie au tableau. J’ai fait l’exercice, j’ai même eu juste, mais en la voyant attendre, en voyant toute la classe me regarder, je fonds en larmes et finit à l’infirmerie parce qu’en plus, je saignait du nez (sympa pour la fille qui ne veut pas se faire remarquer…)
Plus tard, cette prof dira à ma mère que j’étais « pire qu’une fontaine ». (sympa, pour une petite de 11 ans avec un bon début d’anxiété sociale, charmant). Elle dit aussi à toute la classe qu’il faudrait que j’arrête de « faire des grimaces » et quand je lui dit que je n’en fait pas (j’ai toujours aucune idée de ce qu’elle voulait dire), remarque sarcastique « ah bah c’est grave alors ». Merci de planter le décor pour le harcèlement scolaire madame. *soupir*

A côté, je réussis en anglais, parce que le prof encourage à participer et il est « positif » (même si j’avoue que dès le début, j’ai des facilités dans cette matière, comme en français).

Vous m’avez comprise.

La morale de l’histoire ? 

Quand un enfant est un peu différent, les adultes ont environ trois approches. Les deux premières sont malheureusement prédominantes. 

  • Essayer de le changer. Comme quand on m’empêchait de lire dans la cour et me forçait à aller jouer avec les autres (et visiblement c’était pas très efficace). Comme quand on croit qu’un enfant qui a l’air normal sera plus heureux. Et bien non, moi j’étais plus heureuse quand je pouvais citer toutes les planètes avec la maîtresse en maternelle, et quand je pouvais lire toute seule dans la cour. Evidemment il y a des enfants qui souffrent de la solitude. Mais… pourquoi ne pas leur demander ? Pourquoi on m’a pas demandé mon avis ? Et puis au final, je me suis bien débrouillée toute seule après, ça m’a juste pris un peu de temps.  Croyez moi, un enfant autiste qu’on empêchera de « hand-flapping »(agiter les mains) par exemple, il ne sera pas heureux, si on le prive d’une manière de réguler son environnement et de réduire son stress. Même s’il aura l’air « plus normal ».  Il faudrait jeter ce « moule » dans lequel on essaie de caser tous les enfants, et accepter qu’ils sont tous différents, certains un peu plus que d’autres. 
  • Punir et humilier. On ne se pose pas de questions. Si elle ne veut pas mettre son manteau, c’est qu’elle refuse juste d’obéir, pas qu’elle ne comprends pas comment l’enfiler toute seule. Si elle parle en classe sans lever la main et réponds à toutes mes questions en empêchant les autres enfants de parler, c’est qu’elle refuse les règles, pas qu’elle n’a juste pas intégré ces règles qu’il faudrait lui réexpliquer (j’étais en première section… j’ai encore fini dans le couloir). Elle fond en larmes au tableau ? On fait des remarques sarcastiques et on essaie pas de savoir pourquoi. Punir avant d’essayer de comprendre, pour que l’enfant rentre, encore « dans le moule ».  Si l’enfant fait quelque chose de « bizarre » au collège, le dire devant toute la classe. Après tout, c’est de sa faute s’il ne s’intègre pas (et on dit que les profs ne participent pas au harcèlement ?). 
  • Accepter et valoriser. Elle sait lire avant les autres ? Génial ! Elle est sensible ? C’est une qualité aussi. Accepter l’enfant comme il est, valoriser tous ces points forts et « atténuer » les erreurs. Ma prof de CE2 me disait que j’étais littéraire, et ça me rendait très fière et moins triste d’avoir du mal en maths. Au moindre problème, on essaie de comprendre. On valorise la différence qui est une richesse, l’individualité, l’originalité. On montre aux autres enfants que la différence, c’est chouette, c’est enrichissant. Enfin quoi, les enfants prennent exemple sur leurs professeurs… Trop peu d’enfants rentrent dans « le moule » de toute façon non ? Pour beaucoup c’est des efforts incessants. Et quand un enfant à une manière d’apprendre différente, on s’adapte. On fait assez d’efforts pour s’adapter à tout le monde, à leur manière d’apprendre, ce serait bien que les autres s’adaptent à nous eux aussi.

Voilà, je pense pas révolutionner l’éducation mais… Juste mon avis. Ce serait bien d’apprendre à ne pas juger au premier coup d’oeil.

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« Merci de me supporter pendant que je parle de choses dont tu te fiches » (à ma maîtresse de moyenne section 😉 et la plupart de mes proches en fait)

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« Maman, tout le monde me déteste »

Comment parler de ce que je considère être « THE sujet difficile » pour moi.. En commençant par le début ?

Quand il s’agit du harcèlement scolaire, j’aurai aimé avoir une foule de conseils et de solutions miracles, mais en tant qu’ex victime je ne sais même pas. Parce que j’avais beau essayer de m’en sortir, ça ne marchait pas. Il a fallu que ce soit les autres qui changent, pas moi.

De la 5ème jusqu’au début de la première, on m’a humiliée, on s’est moqué de moi, on m’a constamment traité d’idiote, de « bizarre », de folle, de lente, de « gogole », on a été ami avec moi juste pour le plaisir de m’insulter en plus sans que je réalise, on m’a manipulée.

Il y avait des signes avant déjà, mais je ne réalisais pas. J’avais des copines, c’était bien, alors je me fichais bien des garçons de 6ème qui disaient que j’était bête et « deux de tension » parce que les filles étaient gentilles avec moi. C’était pas aussi constant, et je crois que j’étais trop dans mon monde pour réaliser. Même si une gamine en CM2 m’a quand même baissé ma jupe devant toute la classe une fois (et j’ai même pas compris pourquoi c’était drôle). Je souffrais pas autant de ce genre de trucs étant petite, j’avais ma meilleure amie alors les autres je m’en fichais, même s’ils me faisaient peur. Il y avait un garçon qui m’embêtait à cette époque, et je me suis dit qu’il arrêterait si je disais oui à tout. Le problème c’est que j’ai gardé cette stratégie pendant des années, qui en fait est très mauvaise. J’étais naïve au fond. J’ai « solitaire » de marqué dans tous le dossier scolaire de la maternelle à la primaire, mais ça ne me faisais pas souffrir et je comprenais pas pourquoi les maîtresses avaient l’air d’avoir pitié de moi. J’avais une amie, c’était suffisant.

C’est vrai que j’ai commencé à avoir mes premières grosses angoisses en 6ème. Les profs me terrorisaient  à en pleurer en maths, l’EPS c’était tellement humiliant qu’une fois je me suis évanouie avant d’y aller (je pense que c’était de l’angoisse au final), j’étais malade tous les matins.

Tous les noms ici ont été changé.

Mais nan, c’est en 5ème que ça a vraiment commencé. Tout d’un coup, les quelques copines de l’année d’avant sont devenues bizarre et ont arrêté de me parler. Ma meilleure amie Laura était dans une autre classe et elle était différente aussi. Je me suis fait une copine, Elodie, alors ça allait. Mais doucement, on commençait à rire en classe quand je parlais. A faire des remarques méchantes tout haut. Et toutes les filles me parlaient lentement et comme à un bébé, comme si j’étais idiote. Dès que j’ouvrais la bouche, je bafouillais et j’avais l’impression de dire des bêtises, et je parlais lentement. J’ai toujours parlé lentement et on se moquait de moi. Mais quand je connaissais la réponse, j’avais besoin de le dire, et j’étais excellente en français, et puis j’aimais beaucoup parler aux profs. Ça devait gêner, ça faisait de moi une intello.

Quand on me disais des choses méchantes je ne m’en rendais pas toujours compte, et je riais ou souriait parce que je savais pas comment j’étais censée réagir. C’était des blagues, il fallait rire, n’est ce pas ?

Laura aimait bien dire du mal d’Elodie, tout le temps. Je finissais par y croire, mais je n’y faisais rien. Je suivais. Et je crois qu’elle disais du mal de moi quand elle était avec Elodie, mais je ne m’en rendais pas compte même si c’était assez évident. Je faisais confiance. Mais c’en est quand venu au « mais elle se sert de toi, elle t’aime pas » et petit à petit, je croyais de plus en plus.

On en vient au cours d’EPS ~ou tout a basculé~ (quoi ?).

C’est très débile honnêtement, mais rappelons le fait que le moindre truc est dramatique quand on a 12 ans et demi/13 ans. On devait faire des groupes, j’étais avec Laura et les nouvelles copines, Elodie est venue demander si elle pouvait venir dans notre groupe, et on a dit non. Enfin Laura et les autres ont décidé qu’on dirait non et j’ai suivi. Je ne voulais blesser personne moi, j’ai juste suivi et je pense avoir trouvé un tas d’excuses pour justifier ça mais je me souviens pas desquelles, juste qu’Elodie a pleuré pendant les deux heures et que moi tout ce que je me disais, c’était « ça m’arrive et je pleure pas pendant deux heures moi ».

Ça aurait pu s’arrêter là. Mais ma classe en a décidé autrement. Première erreur, une engueulade avec la fille populaire de la classe dans les vestiaires juste après, que je détestais déjà parce que c’était un peu la chef de file de ceux qui disait des méchancetés très fort sur moi pour que toute la classe se marre. Je me souviens pas du tout de ce qui s’est dit mais ça devait être violent.

Après ça, ma classe a apparemment décidé que je devais être punie pour cette horrible chose que j’avais fait à Elodie (qui elle-même n’étais pas très aimée dans la classe à la base et qui tout d’un coup avait des amies du coup ??). Il fallait que je paie. Les rires étaient déjà systématiques dès que j’ouvrais la bouche, mais là plus personne ne me parlait. Et je n’avais plus d’amie pour me réconforter puisqu’on ne se parlait plus et je la blâmait pour tout. J’étais seule. On m’ignorait très très souvent, comme si je n’existait pas. Je parlais dans le vide. On s’arrêtait de parler quand j’arrivais. On pouffait de rire devant moi et on me parlais toujours comme à une demeurée, quand on me parlais. Le tout accompagné d’insultes régulières et de « c’est dégueulasse ce que t’as fait » venant de filles qui étaient des copines l’année d’avant.

J’ai décidé que c’était la faute d’Elodie en plus. C’est important pour la suite.

Mes « maladies » le matin devenaient encore plus fréquentes (j’avais des grosses nausées en général) et quand j’arrivais à manquer les cours, je le faisais.

A côté de ça, mon amie d’enfance qui commençait à s’éloigner de moi (donc pas Laura, une autre miss), a perdu sa mère, de qui j’étais proche en primaire. Je ne pouvait pas l’aider, je ne savais pas comment, et je pleurais en classe. Et en fait, je perdais ma dernière béquille. Parce que si on se parlait moins souvent, c’était toujours la personne que j’aimais le plus. Et après un choc comme ça, elle arrêtera complètement de me voir.

Je crois que c’était la première fois que j’étais si triste et angoissée, et c’est là dessus que l’année s’est terminée.

La 4ème, c’est sensiblement la même chose.

Sauf que Laura était dans ma classe. Et Laura… Laura a été l’amie toxique pendant plusieurs années après ça. Elle se moquait constamment de moi, me rappelait ce que je faisais mal, tout haut, ne me défendais jamais quand les autres se fichaient de moi (et préférait me rappeler que « tout le monde se fout de ta gueule ! »). J’étais son petit chien. Et parfois, elle trouvait une excuse pour m’insulter, quelque chose que j’avais mal fait, et traîner avec d’autres filles du groupe tout en me rejetant. Faire semblant de vomir quand l’une se retrouvait à côté de moi, les rires constants, les insultes. Et une fois que je passais mon temps à pleurer, elle revenait vers moi et parfois faisait la même chose à une autre fille. Je ne savais jamais si j’étais bien ou pas, j’étais constamment en danger de rejet. Je savais juste que tout le monde me détestait et riait dès que je parlais et me traitais d’idiote et de « deux de tens » et me criait dessus en sport parce que j’étais nulle, alors je préférais rester avec une personne qui me parlait et qui parfois était gentille avec moi. Les fois ou elle avait pas besoin de me descendre plus bas que terre on avait des bons moments.

Et c’est d’ailleurs pour ça que le harcèlement se voyait mal. Parce que j’avais des « copines ». « Copines » qui participaient en fait au harcèlement.

C’était trop dur d’être toute seule.

Ça a été toute l’année comme ça. A voir les autres me mettre de côté et se ficher de moi, à me faire rejeter puis re-aimée puis rejetée encore pour quelconque faute et me faire insulter sur le ton de la blague, donc si je me plaignais j’étais qu’une chieuse qui comprenais pas les blagues. Constamment déçue.

Et moi-même je rejetais tout ça sur Elodie. C’était de sa faute. Alors quand Laura voulait s’en prendre à elle, je suivait. Et j’avais honte après. Mais tant que c’était elle, c’était pas moi.

Tous les 15 jours, j’arrivais à louper des cours pour des « gastros ». Si seulement on m’avais expliqué que mes nausées tous les matins étaient des angoisses pures et simples.

Ah, et je saurais jamais pourquoi mais la plupart des SEGPA voulaient me « casser la gueule ».

Pendant le voyage de classe en Ecosse, j’étais avec Laura et une autre copine, et je pensais que ce serait génial. Le premier jour j’ai fait une gaffe, elles ont passé le reste du voyage a me la rappeler et à me lister tout ce que j’avais fait de mal, pendant que je réalisais qu’elle ne me parlais que quand elles avaient besoin de mon baladeur et quand je le donnais pas, j’étais une « connasse ». Je passais les nuits à pleurer pendant qu’elles prenaient l’autre chambre toutes les deux (on avait deux chambres pour trois, on était censée tourner mais j’ai dormi seule la plupart du temps.). J’ai quand même beaucoup aimé les visites et le paysage et je rêve de retourner en Ecosse parce que c’est un pays magnifique. Je pense que malgré tout c’est de là que vient mon amour pour le Royaume Uni (ça et le super prof d’anglais que j’avais à l’époque, qui me voyais toute seule et prenais des nouvelles même si je mentais <3)

Au moins c’est là que j’ai compris. Je crois que j’ai même baffé Laura tellement elle m’avait énervée, même pas fait exprès. Mais j’ai eu tellement peur après que j’ai du m’excuser 50 fois.

En troisième la même chose, même si cette année là j’ai appris à me fermer.

Si je restais souvent avec Laura et les autres (après tout certaines de ses copines étaient pas si mal..), je la détestais intérieurement. J’ai commencé à ne porterque du noir pour les autres arrêtent d’essayer de m’approcher ou de me parler (et ça marchait plutôt bien, cette année fut un peu plus calme que la 4ème). Je passais beaucoup de mes récrés cachée dans les toilettes parce que tout le monde me regardait tout le temps ou me glissait des méchancetés, dans un coin avec un bouquin, ou avec une fille de sixième que je connaissais depuis l’enfance et les autres petits qui eux au moins, me jugeaient pas (voire m’admirait car j’étais une ~grande troisième~). Je me suis toute l’année enfermée dans mon monde imaginaire et dans mes obsessions (le Japon, les mangas, la musique) et n’en sortais quasiment plus. Ça m’aidait vraiment à survivre, ça et les amitiés entretenues sur le net.

Autant dire que je suis sortie du collège assez terrifiée des gens qui m’entouraient. En seconde, je passais mon temps à chercher un endroit ou me cacher. l’amie d’enfance citée au dessus était dans ma classe, alors je me suis rapprochée d’elle dans l’espoir de retrouver ce qu’on avait étant petite… Sauf qu’elle avait bien trop changé, et que du coup je me retrouvais encore avec Laura, qui continuait à se comporter de la même façon.

Le problème avec Laura, c’est que je savais que si je l’envoyais chi*r, elle rendrait ma vie encore plus impossible. Elle monterait tout le monde contre moi. Alors je la laissais venir vers moi et me massacrer a petits feux. C’est bien ça le problème avec les gens toxiques comme ça, on peut pas se libérer.

Je me haïssais,  j’avais des comportements dépressifs que je ne détaillerai pas ici, je ne dormais plus et je sautais les repas pour ne pas manger seule à la cantine.

Je pense que si je n’avais pas – internet – les gens que j’ai rencontré à cette époque, je ne serai plus ici. L’été d’avant, j’ai rencontré sur le net deux filles qui habitaient près de chez moi. On aimait les mêmes choses et on est devenues amies. Elle demeuraient mes seules vraies amies, malheureusement pas dans le même lycée mais elle m’ont appris qu’il y a une vie en dehors des cours et qu’il y a des gens bien en dehors de ça.

Ce fut la dernière année, mais probablement la pire, parce que j’étais à bout que tout le monde se marre quand je parle, qu’on me dise que j’étais nulle et débile tout le temps. Les quelques nouvelles amitiés que j’ai réussi à nouer étaient soit superficielles, soient décevantes (je me souviens d’une fille qui a fini par me balancer tout ce que je faisais mal et à quel point j’étais débile et bizarre. J’ai pleuré pendant deux heures après). Je ne pouvais pas marcher dans les couloirs quand il y avait trop de monde parce que j’avais l’impression qu’ils se fichaient tous de moi. Je ne pouvais pas regarder les gens dans les yeux, j’avais peur de tout le monde et le seul désir que j’avais chaque jour était de me cacher dans un trou pour toujours. Mon prof de maths en rajoutait une couche en trouvant une excuse pour m’humilier à chaque cours devant toute la classe.

Après ? 

Je ne sais pas si les gens sont plus matures en Première L, ou si j’ai commencé à me sentir un peu mieux grâce à mes vraies amies cette fois, mais l’ambiance là bas était beaucoup plus calme. Je me suis fait une amie, puis trois. On était un petit groupe, et le reste de la classe était pas toujours très tendre, mais ça passait. Et puis je n’avais plus que des cours ou j’excellais ; français-littérature avec un prof génial et passionné, histoire-géo… Ma moyenne a gagné trois points ! Je suis devenue plus ouverte et moins timide, tant que je sortais pas du cadre de ma classe.

Le seul gros évènement c’est quand je suis allée en Italie et qu’un groupe de filles (de mon ancien collège bizarrement) ont passé le voyage à vouloir me « casser la gueule » parce que j’ai osé leur dire qu’elles faisaient chier le monde a mettre la musique à fond au fond du bus. Je l’ai dit à mon prof qui m’a retrouvée en crise d’angoisse après qu’elles m’aient prise à part A SIX (!!!), et puis de toute façon elles étaient dissipées et chiantes donc ils les a remise en place. HAH.

Bon, le truc c’est que ça a continué après le voyage, les menaces. Toujours à attendre que je sois seule pour m’encercler, à part, dans un couloir. Le truc rigolo c’est qu’au bout d’un moment Laura les a rejoint. Je commençait à être contamment terrorisée quand même, alors je l’ai dit au CPE.

LE CPE LEUR A JUSTE DIT QUE LA PROCHAINE FOIS ELLES AURAIENT UN AVERTISSEMENT.

Vérité mes chers, l’administration en a rien à faire qu’une élève soit constamment terrorisée. Elles ont juste su que j’avais peur et se sont encore plus fichue de moi. Heureusement elles m’ont jamais frappée, et on était autour de mai/juin donc après elles sont parties et c’était réglé.

Après ça, c’était fini. ENFIN

Voilà, je comprends que cet article soit hyper long et compliqué mais on peut bien comprendre pourquoi je sois autant terrorisée par certaines choses maintenant. Je ne supporte pas les critiques, j’ai tout le temps peur qu’on me rejette et j’ai énormément de mal à changer de classe ou à rencontrer des gens nouveaux. Grâce au théâtre j’ai réussi à sortir de ma phase « je m’enfuis en courant dès qu’on me parle » comme en seconde,  à me cacher tout le temps, mais c’est encore assez difficile avec les inconnus. Mon estime de moi est assez désastreuse même si le diagnostic de dyspraxie a aidé d’une certaine façon. Le harcèlement laisse des conséquences énormes et qui durent plusieurs années,  je sais très bien qu’on pourra pas me faire remettre les pieds dans un collège sans me faire pleurer et c’est encore assez dur d’en parler. 

  • Un enfant qui vit ça a besoin de parler, mais il faut l’amener à parler parce qu’il ne le fera pas forcément lui-même. Au bout d’un moment, on commence à penser qu’on le mérite, moi je pensais que c’était normal et que c’était de ma faute, ou que j’étais juste trop sensible, alors je ne me plaignais presque jamais. Jusqu’en troisième/seconde j’étais même souriante à la maison parce que tant que j’étais pas au collège, j’étais heureuse d’être chez moi. Ceci dit ça m’est arrivé, de rentrer en larmes parce que « mon amie me parlait plus ». Des fois il faut chercher plus loin que ça.
  • Je ne sais pas comment empêcher un enfant d’être la cible des moqueries. Sinon je l’aurait appliqué à moi-même. J’avais tout fait pour essayer d’être comme les autres à une époque, à m’habiller pareil, à m’entraîner à parler plus vite pour qu’on arrête de me dire que j’étais lente, mais ça ne marchait jamais alors j’ai laissé tomber et ai fini par afficher ma différence dans mon style vestimentaire « puisque de toute façon tout le monde me déteste déjà ».
  • APPRENEZ AUX ENFANTS A NE PAS HARCELER. Ce n’est jamais, oh non, JAMAIS, la faute des victimes. Pourquoi on essaye d’apprendre à un gamin les façons de rentrer dans le moule pour ne pas être une cible ? C’est prendre le problème à l’envers et de nombreuses fois, ces enfants entendent « tu a qu’à essayer de t’intégrer » de la part de leurs profs. « Fait plus d’efforts » « C’est de ta faute. » NON. La vérité, c’est qu’il faut enseigner aux harceleurs le respect et leur montrer les conséquences de leurs actions. Pas le contraire. Et le respect, ça commence à la maison.
  • Je pense qu’il ne faut pas hésiter à changer d’établissement mais être très vigilant parce que ça dit pas que ça recommencera pas (c’est très triste à dire). Je pensais qu’arriver au lycée changerait tout. Grave erreur. Mais parfois effectivement, en choisissant très bien le nouvel établissement ça peut faire des miracles dans certains cas. Il faut essayer.
  • Par pitié, soyez à l’écoute. Il n’y a rien de pire que d’entendre « t’es paranoiaque » ou « c’est de ta faute » quand on essaie de se confier, et oui c’est du vécu.
  • Les activités extra-scolaire, ça peut être bien. Pour se rappeler qu’il y a une vie en dehors de l’école. Je faisais de la danse en 4ème, et comme vous pouvez l’imaginer, pour une dyspraxique j’étais complètement nulle 😀 mais ça me faisais énormément de bien au moral parce que je me défoulais et c’était un peu mon moment à moi. J’ai du arrêter l’année d’après parce que mes harceleuses ont décidé de se ramener.
  • Des fois les profs s’y mettent aussi, sachez-le. Très très souvent on se fait des films qu’un prof nous déteste, mais des fois c’est vrai..
  • Demandez de l’aide. Au moins un suivi psychologique, avant que la dépression ne s’installe.