Un cours de sport pas comme les autres

Le sport et moi, on a jamais été très amis. Il est dur d’apprécier le sport quand depuis petite, on est toujours, toujours, toujours bonne dernière dans n’importe quelle discipline*, quand on voit les autres faire tout si facilement alors que pour nous, tout est affreusement compliqué. Et c’est d’autant plus dur quand bien sûr, on a subi l’EPS au collège en tant que dys non diagnostiquée. On a de quoi faire en terme d’angoisse et de larmes : le sentiment d’être complètement à côté de son corps, les autres qui se moquent et qui te hurlent dessus en sport collectif, les profs qui râlent aussi, et bien sûr l’enfer de la constitution d’équipe où, bien sûr, on sera la dernière à attendre d’être choisie.

* (sauf peut être l’escalade. j’aimais bien.)

Et même avec un diagnostic, en fait. Les profs ne sont pas éduqués, et comme on a un handicap invisible, on a juste l’air de pas faire d’efforts. Je n’ai pas oublié la prof d’EPS que j’ai prévenue un jour, avec beaucoup de difficultés parce que je venais tout juste de recevoir un diagnostic… et qui m’a collé un 6/20 en volley alors que j’ai travaillé très dur tout au long du trimestre. Donc oui, je pourrais dire que comme beaucoup de dys ou aspergers, je suis traumatisée du sport.

Reste qu’il paraît que c’est bien. J’ai toujours été très très sceptique face au discours « le sport ça rapproche les gens et ça apprends la fraternité », parce que moi ce que ça m’a appris, c’est comment un groupe peut se monter contre la personne la plus faible et comment le fait de porter un survêtement est la parfaite excuse pour trouver tous les défauts physiques de l’autre. Je pense que les gens qui disent ça n’ont pas tout compris. Je pense aussi que forcer des ados qui n’ont PAS ENVIE de faire du sport, sans prendre en compte leurs différences, ça finit forcément mal.

Là ou j’essaie d’en venir, c’est qu’au début de l’année, j’ai tout de même décidé de prendre le pack sport pour avoir accès à des activités avec la fac. L’idée de base, c’était la natation. C’est bien, la natation, pas trop besoin de relations avec les autres, et a priori je suis plutôt à l’aise dans l’eau (j’adore nager), même si j’ai de grosses lacunes (en gros je ne sais nager que la brasse. En mode enclume.).

Et puis manque de chance, les heures ne me convenaient pas. J’ai pensé à trouver autre chose.

Du handisport.

« Le S.U.A.P.S vous propose des activités handisport (U.E.O,Bonifiant, Loisirs). Ces activités sont regroupées dans un cours spécifique, ouvert à tous, que vous soyez en situation de handicap ou non.
L’esprit en est résolument tourné vers la découverte de sports différents et l’échange tant physique qu’intellectuel entre les étudiants, au travers de pratiques mixtes.

La mixité est l’élément majeur recherché : c’est l’occasion d’une pratique entre camarades de promotion qui, sans matériel adapté, ne pourraient pas partager ces moments d’apprentissage, de plaisir et d’échange autour d’une activité sportive. »

Du sport adapté, on pourrait dire, non ? Et même si mon handicap n’est pas celui d’une personne en fauteuil, ou un handicap sensoriel (les handicaps cognitifs comme les troubles dys ne sont JAMAIS mentionnés dans les discours sur le handicap, malheureusement), c’en est toujours un, SURTOUT dans la pratique du sport. Les aménagements dont j’ai besoin sont plus psychologiques que matériels si je peux dire (explications claires, encouragements, voir que je fais des efforts par exemple). Je me dis en m’inscrivant à ce cours qu’en plus, je pourrais rencontrer d’autres personnes handicapées, quel que soit le handicap, ça pourra être chouette et intéressant. Je me surprends même à rêver de rencontrer d’autres dys.

OU PAS.

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*RETOURNEMENT DE SITUATION AVEC UNE MUSIQUE DRAMATIQUE EN FOND* 

Comment dire, j’arrive au cours toute contente bien qu’appréhendant, et la première chose que j’entends c’est « mais je crois qu’il y a que des valides dans le groupe cette fois. »

AH. Et moi, où est ce que je me situe ? Valide ? Pas valide ? A moitié valide ? Et puis tous ces élèves, je ne les connais pas, quand ils me voient, ils ne voient pas une personne handicapée. Je dis ? J’explique ? Je dis rien et reste considérée valide ? Et puis si je le dis, ils vont sûrement me dire que je n’ai pas un vrai handicap, de toute façon, non ? (très honnêtement, j’entends ça presque à chaque fois) Ou alors on va encore me sortir que je suis dyslexique (ça aussi, presque à chaque fois. Je devrais faire une liste de phrases en fait.)

C’est probablement ce qui me traverse l’esprit à chaque fois que je me demande si je dois en parler, à vrai dire. Et là c’est d’autant plus la panique, que c’est un cours de sport, et puis, là, je me sens un peu seule, du coup. Et je m’énerve un peu. C’est quand même un cours qui est censé mixer les valides et les handicapés, à la base, et je me retrouve toute seule, à devoir expliquer mon handicap invisible à des personnes qui vont pas forcément comprendre ! Ce n’est pas juste, je suis une minorité comme d’habitude..

Mais bon, je suis changée, j’ai réussi à échanger quelques mots avec mes collègues ce qui est plutôt magnifique vu ma panique et ma timidité, et c’est parti. Aujourd’hui et pour les 5 ou 6 séances à venir, c’est basket fauteuil. Du basket. Moi qui n’ai jamais réussi a dribbler ou à attraper un ballon, et qui déteste les sports d’équipe. Je flippe encore.

On doit aller chercher les fauteuils et mettre les roues dessus. Evidemment je suis un peu perdue et doit demander de l’aide plusieurs fois (« tu clippes la roue comme ça ! » hmmmm quoiiii ?). Une fois que c’est fait, on s’installe chacun dans un fauteuil, et puis le prof nous explique un peu deux trois petites choses, et on part faire des tours de gymnase ; en échangeant de fauteuil avec quelqu’un de temps en temps puisqu’ils sont tous différents. Que dire, il faut appréhender l’engin, mais globalement je trouve ça assez amusant, et tout le monde galère un peu. Un bémol sur ce fauteuil qui me faisait paniquer parce qu’il avait l’air de partir vers l’arrière parfois, malgré la roulette, me faisant pousser des cris d’écureuil paniqué (des. des cris aigus quoi. style « SQUIIIIIIH »)

Viens le temps de la présentation. Le prof qui se présente, et explique un peu plus le principe du cours. Découvrir que le handisport est autant un sport que les autres, et que les personnes handicapées sont autant des personnes que les valides si je peux dire (c’est pas évident pour tout le monde !), et toutes ces choses avec lesquelles je suis bien d’accord.  Le handisport pour les valides sert ici à leur faire comprendre, par le corps, dans quelle situation peut être une personne handicapée.  Et des choses comme le basket fauteuil qu’on a pratiqué ce jour là, je dois dire que ça marche aussi pour expliquer un peu la situation d’un dyspraxique. Je développerai ça plus tard. Chacun-e se présente et dit dans quoi il-elle étude, pourquoi il-elle est là. Je détonne en Arts du Spectacle, alors que tout le monde vient de psycho, droit ou carrières sociales.

« Et toi qu’est ce qui t’amènes ici ? »

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« …. B-Bon euh eh bien en fait j’ai un petit handicap qui s’appelle la dyspraxie, c’est pas exactement pareil que ce dont on parle, et, euh, ça m’a un peu amenée ici, euh voila »

Je m’attends au grand blanc, au « QU’EST CE QUE C’EEEEEST », à des questions, à tout, sauf à « oh okay » du prof et tout le monde qui réagit de la même manière, c’est cool, c’est normal. Et après, le prof m’inclut quand il parle du handicap, en tant que personne handicapée.

Je–

C’EST MAGNIFIQUE.

Donc déjà, j’ai le sourire, je panique beaucoup moins.

Et la suite du cours ? Soyons clair, c’est dur pour tout le monde. Certes, je suis un peu lente, mais au final je suis à peu près égale aux autres, et c’est bien la première fois. On fait des exercices, avec ou sans ballons, pour acquérir plusieurs réflexes (j’ai cassé quelques ongles à l’apprentissage du freinage), pour apprendre à ne pas se foncer dedans (plus dur que ça en a l’air !), etc. Tout au long, on est plutôt pas mal encouragés, jamais vraiment critiqués, plutôt conseillés. En ce qui concerne mes collègues, ils sont tous compréhensifs.  Bref, c’est cool, et c’est rigolo. Après, on a fait des matchs et je me suis franchement amusée, et on a beaucoup ri. ET LE PROF A JOUE. JE REPETE. LE PROF A JOUE AVEC NOUS AU LIEU DE RESTER DANS UN COIN A NOUS CRIER DESSUS. (oui j’ai de magnifiques souvenirs de mes profs de collège/lycée…)

C’est très, très rafraîchissant d’entendre un prof me dire « C’est bien ! » en SPORT, de me sentir encouragée. Je suis sérieuse. Je n’ai pas l’habitude, vraiment pas.

Et en fait, je trouve le basket fauteuil plus adapté pour moi que la discipline des valides. C’est tout bête : en fauteuil, je ne dois m’occuper que des mes bras, et de mon buste. Pas de mes jambes (même s’il faut vraiment que j’arrête de lever les fesses dès que je veux marquer un panier, ooouuh). Courir en faisant attention à plein d’autres choses, c’est dur. Utiliser mes bras et mes jambes en même temps, c’est dur.. N’utiliser que la partie haute du corps, ça me facilite un peu les choses.

Comme je l’ai dit, je pense que d’être un peu plus en situation d’égalité avec les autres aide bien aussi.

Et puis en fauteuil, on a plus d’espace personnel, je me soins moins menacée quand quelqu’un s’approche, on a une plus grande « bulle » autour de nous (ce qui amène quelques collisions aussi parce qu’on s’en rend un peu moins compte)

Quand après les matchs, on énumère les difficultés par rapport au basket valides, certaines me sont particulièrement amusantes. « C’est dur de faire des passes » : Je ne savais pas en faire debout non plus…  « c’est dur de marquer au panier » : ça ne change rien pour moi encore une fois.

Je ne suis donc pas en fauteuil, mais d’une certaine manière ça met quand même les autres en situation de dyspraxie : être perdu sur le terrain, ne pas savoir comment faire le mouvement qu’on veut faire (faire les virages en fauteuil est encore assez laborieux), devoir réfléchir tout le temps et rater la moitié de ses passes parce qu’on arrive plus à juger les distances… ça m’est très, très familier.

C’est donc très, très positif, c’est bien la première fois que je m’éclate en sport et que j’ai pas envie de pleurer parce que je n’y arrive pas, que je me sens intégrée, et écoutée. Je me suis vraiment amusée, j’ai bien ri, et je suis super fière de moi, même si je suis rentrée épuisée, avec les ongles en sang (les freinages…)

A la fin, on m’a posé des questions sur la dyspraxie, mais gentiment, sans m’agresser. Je suis en train de me dire que je ferai bien une petite « simulation dyspraxie » si j’avais le matériel d’ailleurs, un jour peut-être.

Ces prochaines semaines, on va continuer le basket, mais par la suite on va apprendre à connaître d’autre disciplines de handisport, pas forcément pour les handicaps moteurs d’ailleurs. J’en présenterai peut-être d’autres ici.

Le handisport c’est chouette !

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L’enfant différent : l’accepter, le respecter

Petite section : J’ai deux ans et demi. Je ne sais pas m’habiller toute seule. La maîtresse m’assoit une heure et demi dans le couloir parce que j’ai « refusé » de mettre mon manteau seule. Cette histoire, on me l’a juste rapportée, je ne m’en souvient pas, mais après ça, je suis devenue muette (mutisme sélectif, à la maison j’étais une pipelette ;)). J’étais encore un bambin, je n’avais rien fait de mal, et c’est pas difficile de savoir que ce « refus » était plutôt une incapacité. Pendant toute ma petite section, je ne parle pas, le plus souvent je ne comprends pas ce qu’on me demande (bon, ça c’est un souvenir alors je suis pas sûre) ou ce que je fais là, je joue toute seule et ça ne me dérange pas plus que ça. 

Moyenne section (puis grande section) : Nouvelle prof. Rapidement, elle s’étonne. On lui avait dit que je ne parlais pas, mais elle a plutôt du mal à me faire taire ! Et forcément. Dans un environnement ou on me valorise et m’accepte plutôt que de me punir , où l’on me laisse parler d’Afrique et d’espace et de mes « obsessions » avec la maîtresse même si ce serait mieux que je socialise avec les enfants, je suis mieux et plus épanouie. C’est aussi simple que ça. 

CP/CE1 : Je passe beaucoup de mes récréations à lire. La maîtresse vient me chercher quand je suis toute seule dans un coin de la cour avec mon journal de Mickey et me demande d’aller jouer avec les autres enfants. Je ne comprends pas ce que je fais de mal. J’erre dans la cour à la recherche d’un groupe avec qui « jouer » même si je préférerais vraiment finir mon chapitre sur Donald. Jouer au loup, c’est pas drôle parce que je ne cours pas assez vite. La marelle, les autres changent les règles pour tricher et ça m’énerve, et je n’ose pas leur dire. Les autres jeux, on me donne toujours les mauvais rôles. 

N’empêche qu’au bout d’un moment, je me fais une amie de moi-même, et on reste que toute les deux, tout le temps. En CE2, c’est elle qui me fait jouer avec d’autres enfants, mais pas tout le temps, des fois, on aime bien être juste ensemble. C’est une amitié qui m’apportera beaucoup et durera jusqu’à la 6ème. 

CE2,CM1,CM2 : On me valorise. Savoir lire n’est plus un problème, et on me laisse socialiser comme je l’entends, ce qui est beaucoup moins stressant… J’aime plus l’école et j’aime les récréations. Je suis par contre toujours la dernière à sortir de classe quand on va faire du sport dehors (beuuuh)

6ème : La prof de maths m’envoie au tableau. J’ai fait l’exercice, j’ai même eu juste, mais en la voyant attendre, en voyant toute la classe me regarder, je fonds en larmes et finit à l’infirmerie parce qu’en plus, je saignait du nez (sympa pour la fille qui ne veut pas se faire remarquer…)
Plus tard, cette prof dira à ma mère que j’étais « pire qu’une fontaine ». (sympa, pour une petite de 11 ans avec un bon début d’anxiété sociale, charmant). Elle dit aussi à toute la classe qu’il faudrait que j’arrête de « faire des grimaces » et quand je lui dit que je n’en fait pas (j’ai toujours aucune idée de ce qu’elle voulait dire), remarque sarcastique « ah bah c’est grave alors ». Merci de planter le décor pour le harcèlement scolaire madame. *soupir*

A côté, je réussis en anglais, parce que le prof encourage à participer et il est « positif » (même si j’avoue que dès le début, j’ai des facilités dans cette matière, comme en français).

Vous m’avez comprise.

La morale de l’histoire ? 

Quand un enfant est un peu différent, les adultes ont environ trois approches. Les deux premières sont malheureusement prédominantes. 

  • Essayer de le changer. Comme quand on m’empêchait de lire dans la cour et me forçait à aller jouer avec les autres (et visiblement c’était pas très efficace). Comme quand on croit qu’un enfant qui a l’air normal sera plus heureux. Et bien non, moi j’étais plus heureuse quand je pouvais citer toutes les planètes avec la maîtresse en maternelle, et quand je pouvais lire toute seule dans la cour. Evidemment il y a des enfants qui souffrent de la solitude. Mais… pourquoi ne pas leur demander ? Pourquoi on m’a pas demandé mon avis ? Et puis au final, je me suis bien débrouillée toute seule après, ça m’a juste pris un peu de temps.  Croyez moi, un enfant autiste qu’on empêchera de « hand-flapping »(agiter les mains) par exemple, il ne sera pas heureux, si on le prive d’une manière de réguler son environnement et de réduire son stress. Même s’il aura l’air « plus normal ».  Il faudrait jeter ce « moule » dans lequel on essaie de caser tous les enfants, et accepter qu’ils sont tous différents, certains un peu plus que d’autres. 
  • Punir et humilier. On ne se pose pas de questions. Si elle ne veut pas mettre son manteau, c’est qu’elle refuse juste d’obéir, pas qu’elle ne comprends pas comment l’enfiler toute seule. Si elle parle en classe sans lever la main et réponds à toutes mes questions en empêchant les autres enfants de parler, c’est qu’elle refuse les règles, pas qu’elle n’a juste pas intégré ces règles qu’il faudrait lui réexpliquer (j’étais en première section… j’ai encore fini dans le couloir). Elle fond en larmes au tableau ? On fait des remarques sarcastiques et on essaie pas de savoir pourquoi. Punir avant d’essayer de comprendre, pour que l’enfant rentre, encore « dans le moule ».  Si l’enfant fait quelque chose de « bizarre » au collège, le dire devant toute la classe. Après tout, c’est de sa faute s’il ne s’intègre pas (et on dit que les profs ne participent pas au harcèlement ?). 
  • Accepter et valoriser. Elle sait lire avant les autres ? Génial ! Elle est sensible ? C’est une qualité aussi. Accepter l’enfant comme il est, valoriser tous ces points forts et « atténuer » les erreurs. Ma prof de CE2 me disait que j’étais littéraire, et ça me rendait très fière et moins triste d’avoir du mal en maths. Au moindre problème, on essaie de comprendre. On valorise la différence qui est une richesse, l’individualité, l’originalité. On montre aux autres enfants que la différence, c’est chouette, c’est enrichissant. Enfin quoi, les enfants prennent exemple sur leurs professeurs… Trop peu d’enfants rentrent dans « le moule » de toute façon non ? Pour beaucoup c’est des efforts incessants. Et quand un enfant à une manière d’apprendre différente, on s’adapte. On fait assez d’efforts pour s’adapter à tout le monde, à leur manière d’apprendre, ce serait bien que les autres s’adaptent à nous eux aussi.

Voilà, je pense pas révolutionner l’éducation mais… Juste mon avis. Ce serait bien d’apprendre à ne pas juger au premier coup d’oeil.

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« Merci de me supporter pendant que je parle de choses dont tu te fiches » (à ma maîtresse de moyenne section 😉 et la plupart de mes proches en fait)

« Mais tu vas la ranger, cette chambre ! »

Quand j’étais petite, j’étais « dans la lune ».

J’oubliais mes affaires dans le casier du bureau le soir, et mon père était très souvent obligé d’aller les chercher pour moi pour que je puisse faire mes devoirs correctement . J’avais de la chance d’avoir un papa qui travaille à la commune, il connaissait mes maîtresses et avait les clés de l’école :’). En général on supportait, parce que j’étais bonne élève et très calme voire passive, même si je me faisais souvent réprimander.

Le dit casier était souvent en foutoir, mais je comprenais pas comment, parce que je faisais de mon mieux pour ranger. Alors quand on me le reprochait, je répondais que je savais pas pourquoi c’était comme ça. Mes parents ou mes maîtresses, ça les faisait rire, mais moi, j’étais réellement perturbée à ce propos ! Le rangement demeurait un vrai mystère pour moi !

Alors évidemment, dans ma chambre, c’était la même chose, et ma mère avait beau insister, je refusais constamment de la ranger. Pas par paresse (pas principalement en tout cas), simplement parce que je ne savais vraiment pas comment faire !

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– Qui a mis le bazar dans ta chambre ? disait un de mes parents, ou mes grandes soeurs

– Eyenne ! (les hyènes) je répondais fièrement. Il faut savoir que j’avais une obsession sur le Roi Lion quand j’avais 5 ou 6 ans, et visiblement j’étais déjà très forte pour trouver des coupables quand j’avais un problème.

Alors au bout d’un moment, elle en avait marre et elle rangeait elle-même, et puis je râlait parce que je ne retrouvais plus mes affaires (comme si ranger y changeait quelque chose, je perdais tout, chambre rangée ou pas).

Je crois que la première fois que j’ai rangé ma chambre seule, j’avais entre 12 et 14 ans. L’âge ou on veut pas que maman fouille dans nos affaires, en gros.

Encore maintenant, c’est une tâche assez difficile. Je ne sais pas où vont les choses, et surtout : PAR OU COMMENCER ? Très souvent, je finis debout, au milieu de ma chambre, à regarder le bazar avec de grands yeux et à ne pas savoir quoi faire. Alors je remet toujours la tâche à plus tard, parce que ça me fatigue, m’ennuie et m’énerve, et j’attend que la situation soit catastrophique pour m’y mettre. Sûrement pas la meilleure idée. En plus, je déteste jeter, alors j’ai pleins de petites choses inutiles qui se balladent mais qui ont une valeur sentimentale pour moi. Une fois par an, il faut carrément sortir le sac poubelle.

Evidemment depuis le temps, j’ai quand même trouvé des techniques ;

  • LES ETAPES. Les étapes, c’est magique. C’est justement ce qu’il manque dans la tête des dyspraxiques à cause du troubles des fonctions exécutives (oui j’aime bien les grands mots scientifiques). Pour faire court, le trouble des fonctions exécutives, ça veut dire que quand on a une grande tâche à faire on a du mal à la diviser en petites étapes. Donc l’idée ici, c’est de diviser la chambre en petites parties pour savoir par où commencer. Je fais ça par zones, personnellement, il y a zone « bureau » avec les étagères et tous mes livres, la zone « autour du lit » (oui oui) qui se retrouve généralement noyée sous les bouquins parce que je les replace pas où il faut le soir, la zone « armoire » avec le sol autour (le fameux tas de vêtements), la zone télé/chaîne hifi/cds…. Etc, etc. Bon, des fois je me retrouve quand même perdue une fois la zone choisie (surtout avec mes tas de vêtements géants !) ou alors je retrouve un livre que j’avais perdu et j’oublie ce que j’étais en train de faire… Mais globalement ça marche bien. 
  • C’est une technique qui peut être réadaptée pour les enfants. « Range ça », je pense que pour un enfant dyspraxique, c’est bien trop vague. Le mieux doit être de ranger avec eux en détaillant toutes les petites étapes, « d’abord je range les playmobils dans la boîte » « ensuite je met la boîte dans l’armoire », ce genre de choses. Et s’ils sont assez grand, on peut en faire une liste manuscrite à scotcher sur la porte !
  • On m’a conseillée de mettre des étiquettes sur les tiroirs ou les boîtes, pour se souvenir où vont les choses et pour qu’elles aient un endroit précis. Je l’ai fait pour le tiroir de mon bureau, sinon ça finissait toujours tout mélangé…
  • Pour ceux qui comme moi gardent tout, un grand ménage tous les 6 mois où tous les ans peut se révéler assez utile (et on retrouve des choses qu’on avait perdues des fois !). Avec tri des vêtements (je garde même les trucs qui me vont plus des fois, au bout d’un moment faut arrêter…)
  • Essayer de penser à vider la poubelle régulièrement. Ça parait idiot là, mais je dis ça parce que moi j’oublie tout le temps, et après je me retrouve avec des papiers qui débordent et une énorme collection de canettes de coca vides sur mon bureau… Ça fait désordre quand des amis viennent (je suis peut-être plus à ça prêt remarque).
  • J’ai pas de draps dans mon lit, je sais jamais comment les mettre et ils finissent tout le temps dans tous les sens le lendemain. Matelas + couette (avec une housse, assez horrible à mettre d’ailleurs) c’est suffisant.
  • J’ai lu sur un blog pour les hyperactifs qu’on peut aussi garder une boîte « fourre-tout » pour mettre les choses qui traînent jusqu’à ce qu’on sache où elle vont/qu’on aie le temps de ranger. Ça évite au moins d’avoir des trucs qui traînent partout ou sur le sol, je le fais des fois quand je veux juste passer l’aspirateur.

Tout ça, ça limite bien les dégâts . Après soyons honnêtes, je suis loin d’être un exemple de chambre bien propre et bien rangée. Surtout quand je passe des jours à remettre le rangement au lendemain !

Bon, et tout ça c’est que la chambre.

Je vais sûrement partir de la maison à la rentrée prochaine, j’espère que ces techniques sont applicables à un appartement entier :p surtout que je vivrais avec ma copine, et elle aime moins le désordre…

… C’était censé être un article sur l’organisation en général, mais il y a tellement à faire dans une chambre que je me suis étendue sur le sujet… Le reste ira dans un prochain article vu que je suis assez catastrophique dans ce domaine aussi.

Mais je me soigne, comme on dit !

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(source de l’image : http://morganemartinblog.free.fr/)

« Une vie passée à se battre contre les meubles et les lacets de chaussures : le blog »

On m’a proposé ce titre, et s’il faisait un peu long pour tout le blog, ça me semble pas mal pour le premier article. Vu que c’est un peu toute ma vie, effectivement.

J’ai appris à lacer mes chaussures quand j’avais douze ans, et c’était déjà un gros complexe arrivée à cet âge. C’est toujours une bagarre, maintenant. J’ai beau les refaire tout le temps, il se défont tous les quarts d’heures, surtout ceux de Converses… C’est bien LE truc qui m’amenait à penser que quelque chose n’allait pas chez moi, même quand j’avais huit ans. On se sent un peu laissé de côté quand tous les autres y arrivent, alors on fait semblant.

Et c’est comme ça que je me suis foulé la cheville en sport à l’école un jour parce que j’avais caché mes lacets à l’intérieur des chaussures. Forcément, déjà que j’étais pas forte en sport ! Ah, le sport ! De la primaire au lycée, une catastrophe, un enfer, l’impression que mon corps n’était pas le mien. J’avais beau essayer, il ne faisait jamais ce que je lui demandais ! J’avais beau faire de mon mieux, j’étais toujours la dernière, et on me criait dessus parce que j’étais une feignante ! Et au collège, les autres élèves se moquaient de moi constamment, me traitaient d’idiote, « deux de tension », « pas douée », « mais qu’elle est conne », « cruche »… La joie du sport ! La fraternité et l’esprit d’équipe, qu’ils disent.

En primaire et même au collège, j’étais juste la bonne gamine un peu trop rêveuse, un peu perdue. Je ne savais pas me repérer dans l’espace (c’est marqué dans tous mes bulletins), et je pleurais de frustration sur mes exercices de mathématiques et de géométrie, mais c’était parce que j’étais littéraire, tout ça, parce que je n’aimais pas ça. Après tout, j’avais appris à lire seule quand j’avais 5 ans et j’excellais en lettres, alors je ne pouvais pas avoir de problèmes. Juste un peu trop rêveuse et isolée (lire un bon livre dans la cour me semblait bien plus intéressant que de jouer avec les autres et de perdre constamment parce qu’ils couraient tous trop vite !). Et je tenais mal mon stylo, mais les professeurs avaient cessé de me faire changer de prise depuis longtemps, vu que même les embouts en caoutchouc ne marchaient pas. (et grâce à ça au moins, même si j’avais mal, j’écrivais bien !)

Un peu trop isolée, à l’excès à partir de la 5ème, parce que je parlais trop lentement, la moitié du temps je ne comprenais pas ce qu’on me racontait et je ne savais pas comment me comporter avec les autres. Parce que je réfléchissait avant de parler, j’étais lente. Parce que j’étais d’une timidité maladive qui me faisait bafouiller, rougir, ou dire des choses idiotes (pour les autres) dès que j’ouvrais la bouche, j’ai vite été mise à l’écart et harcelée jusqu’à mon entrée en première littéraire.

Si j’ai toujours pu m’en sortir et avoir des bonnes notes dans tout ce qui était littéraire (je parle pas de mon échec en maths), je crois que ma dyspraxie a vraiment, vraiment été un problème dans tout ce qui concernait les interactions sociales quand j’étais plus petite. Peut être que j’aurai pu avoir de l’aide à ce niveau.

Tout est il que moi, même si j’étais « intelligente », je sentais bien qu’il y avait un problème avec moi, et ce depuis toute petite. Pourquoi j’avais du mal à m’intégrer ? Pourquoi je me sentais si différente ? Pourquoi les mathématiques étaient si difficiles quand j’étais une si bonne élève dans le reste, et pourquoi, oh pourquoi mon corps ne m’obéissait-t-il jamais ? Trébucher, se cogner dans les meubles, avoir du mal à lacer ses chaussures, ne pas savoir éplucher une pomme (bon en fait, ça je sais toujours pas le faire), voir ses affaires devenir un bazar monstre sans comprendre comment c’est arrivé (bon ça c’est pareil, je comprends toujours pas), perdre ses affaires constamment, se perdre n’importe où… (en fait tous ces trucs sont toujours d’actualité)

Cette pensée m’est restée dans le coin de la tête pendant toutes ces années, jusqu’à un jour, où en cherchant sur internet, je suis tombée sur un site sur la dyspraxie.

Tout correspondait, où presque (par exemple je n’ai jamais été très mauvaise en graphisme, ceci dit quand on voit ma tenue du stylo..). Tout ! Je comprenais enfin que je n’étais pas « bizarre », pas idiote, juste dyspraxique. Juste différente.

J’ai été diagnostiquée par une neuropsychologue quelques semaines plus tard, et le simple fait de discuter avec elle m’a fait un bien fou.
J’ai passé mon bac sans aménagements (bac L, les épreuves de maths étaient déjà passées de toute façon…) et je l’ai décroché quelques mois plus tard.

Je n’ai jamais eu d’aménagements à la fac non plus, ceci dit, je tape tous les cours au pc et c’est bien suffisant pour moi !

J’ai crée ce blog parce que je trouve qu’on manque de ressources pour les « grands » dyspraxiques comme moi. Et puis.. je tiens déjà un blog sur tumblr en fait, en anglais, sur un « meme » qui s’appelle « dyspraxic panda ». La communauté anglophone est beaucoup plus grande et j’apprécie beaucoup de répondre aux questions de tout le monde et de discuter, mais je commençait à me dire que c’était pas très sympa pour mes amis français..

Alors maintenant j’ai aussi ce blog ! Attendez vous à des apparitions de notre dyspraxic panda !

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Collègue te propose de te reconduire à la maison — tu utilises le GPS pour lui expliquer où tu habites 

Quand des amis me ramènent à la maison, je suis obligée d’avoir une autre personne dans la voiture qui sait comment y aller, parce que même si j’ai fait le chemin des milliers de fois, je suis incapable d’expliquer..

Je pense poster des « astuces » aussi, parce que j’en ai pas mal vu que j’ai passé des années à compenser ma dyspraxie par moi-même (c’est ma neuropsy qui l’a dit :p) et je trouve encore plus de petits trucs depuis que je le sais… Par exemple pour boire du thé, les travel-mugs de Starbucks c’est magique, on en renverse pas partout !