« Une vie passée à se battre contre les meubles et les lacets de chaussures : le blog »

On m’a proposé ce titre, et s’il faisait un peu long pour tout le blog, ça me semble pas mal pour le premier article. Vu que c’est un peu toute ma vie, effectivement.

J’ai appris à lacer mes chaussures quand j’avais douze ans, et c’était déjà un gros complexe arrivée à cet âge. C’est toujours une bagarre, maintenant. J’ai beau les refaire tout le temps, il se défont tous les quarts d’heures, surtout ceux de Converses… C’est bien LE truc qui m’amenait à penser que quelque chose n’allait pas chez moi, même quand j’avais huit ans. On se sent un peu laissé de côté quand tous les autres y arrivent, alors on fait semblant.

Et c’est comme ça que je me suis foulé la cheville en sport à l’école un jour parce que j’avais caché mes lacets à l’intérieur des chaussures. Forcément, déjà que j’étais pas forte en sport ! Ah, le sport ! De la primaire au lycée, une catastrophe, un enfer, l’impression que mon corps n’était pas le mien. J’avais beau essayer, il ne faisait jamais ce que je lui demandais ! J’avais beau faire de mon mieux, j’étais toujours la dernière, et on me criait dessus parce que j’étais une feignante ! Et au collège, les autres élèves se moquaient de moi constamment, me traitaient d’idiote, « deux de tension », « pas douée », « mais qu’elle est conne », « cruche »… La joie du sport ! La fraternité et l’esprit d’équipe, qu’ils disent.

En primaire et même au collège, j’étais juste la bonne gamine un peu trop rêveuse, un peu perdue. Je ne savais pas me repérer dans l’espace (c’est marqué dans tous mes bulletins), et je pleurais de frustration sur mes exercices de mathématiques et de géométrie, mais c’était parce que j’étais littéraire, tout ça, parce que je n’aimais pas ça. Après tout, j’avais appris à lire seule quand j’avais 5 ans et j’excellais en lettres, alors je ne pouvais pas avoir de problèmes. Juste un peu trop rêveuse et isolée (lire un bon livre dans la cour me semblait bien plus intéressant que de jouer avec les autres et de perdre constamment parce qu’ils couraient tous trop vite !). Et je tenais mal mon stylo, mais les professeurs avaient cessé de me faire changer de prise depuis longtemps, vu que même les embouts en caoutchouc ne marchaient pas. (et grâce à ça au moins, même si j’avais mal, j’écrivais bien !)

Un peu trop isolée, à l’excès à partir de la 5ème, parce que je parlais trop lentement, la moitié du temps je ne comprenais pas ce qu’on me racontait et je ne savais pas comment me comporter avec les autres. Parce que je réfléchissait avant de parler, j’étais lente. Parce que j’étais d’une timidité maladive qui me faisait bafouiller, rougir, ou dire des choses idiotes (pour les autres) dès que j’ouvrais la bouche, j’ai vite été mise à l’écart et harcelée jusqu’à mon entrée en première littéraire.

Si j’ai toujours pu m’en sortir et avoir des bonnes notes dans tout ce qui était littéraire (je parle pas de mon échec en maths), je crois que ma dyspraxie a vraiment, vraiment été un problème dans tout ce qui concernait les interactions sociales quand j’étais plus petite. Peut être que j’aurai pu avoir de l’aide à ce niveau.

Tout est il que moi, même si j’étais « intelligente », je sentais bien qu’il y avait un problème avec moi, et ce depuis toute petite. Pourquoi j’avais du mal à m’intégrer ? Pourquoi je me sentais si différente ? Pourquoi les mathématiques étaient si difficiles quand j’étais une si bonne élève dans le reste, et pourquoi, oh pourquoi mon corps ne m’obéissait-t-il jamais ? Trébucher, se cogner dans les meubles, avoir du mal à lacer ses chaussures, ne pas savoir éplucher une pomme (bon en fait, ça je sais toujours pas le faire), voir ses affaires devenir un bazar monstre sans comprendre comment c’est arrivé (bon ça c’est pareil, je comprends toujours pas), perdre ses affaires constamment, se perdre n’importe où… (en fait tous ces trucs sont toujours d’actualité)

Cette pensée m’est restée dans le coin de la tête pendant toutes ces années, jusqu’à un jour, où en cherchant sur internet, je suis tombée sur un site sur la dyspraxie.

Tout correspondait, où presque (par exemple je n’ai jamais été très mauvaise en graphisme, ceci dit quand on voit ma tenue du stylo..). Tout ! Je comprenais enfin que je n’étais pas « bizarre », pas idiote, juste dyspraxique. Juste différente.

J’ai été diagnostiquée par une neuropsychologue quelques semaines plus tard, et le simple fait de discuter avec elle m’a fait un bien fou.
J’ai passé mon bac sans aménagements (bac L, les épreuves de maths étaient déjà passées de toute façon…) et je l’ai décroché quelques mois plus tard.

Je n’ai jamais eu d’aménagements à la fac non plus, ceci dit, je tape tous les cours au pc et c’est bien suffisant pour moi !

J’ai crée ce blog parce que je trouve qu’on manque de ressources pour les « grands » dyspraxiques comme moi. Et puis.. je tiens déjà un blog sur tumblr en fait, en anglais, sur un « meme » qui s’appelle « dyspraxic panda ». La communauté anglophone est beaucoup plus grande et j’apprécie beaucoup de répondre aux questions de tout le monde et de discuter, mais je commençait à me dire que c’était pas très sympa pour mes amis français..

Alors maintenant j’ai aussi ce blog ! Attendez vous à des apparitions de notre dyspraxic panda !

Image

Collègue te propose de te reconduire à la maison — tu utilises le GPS pour lui expliquer où tu habites 

Quand des amis me ramènent à la maison, je suis obligée d’avoir une autre personne dans la voiture qui sait comment y aller, parce que même si j’ai fait le chemin des milliers de fois, je suis incapable d’expliquer..

Je pense poster des « astuces » aussi, parce que j’en ai pas mal vu que j’ai passé des années à compenser ma dyspraxie par moi-même (c’est ma neuropsy qui l’a dit :p) et je trouve encore plus de petits trucs depuis que je le sais… Par exemple pour boire du thé, les travel-mugs de Starbucks c’est magique, on en renverse pas partout !

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15 réflexions sur “« Une vie passée à se battre contre les meubles et les lacets de chaussures : le blog »

  1. Je dirais même plus, Merci !!! J’ai hâte d’en lire plus car j’adore le ton et que les témoignages de jeunes adultes dyspraxiques sont rares. Encore Merci et longue vie au blog, les meubles n’ont qu’à bien se tenir !

  2. merci d’avoir écrit ce blog!!!! je vais le faire connaitre à mon entourage!!! car j’aurais pu moi même écrire ce post.
    Anne sophie

  3. bonjour je suis maman d un garcon de 12 ans diagniotisgue ildyspraxique et hyperhactive il et en cliss et il rentre en septembre en ullis,on vat avoir l ordinateur vous en penser quoi ca vat l aider je m inquiet pour son avenir et j aimerait mieux comprendre ces dilfuculter et ce qui peut resentir merci

    • En général ça aide beaucoup l’ordinateur oui, je crois qu’il y a des ergothérapeuthes qui peuvent même faire leur possible pour en rendre l’utilisation la plus efficace possible. S’ils peuvent taper le cours au clavier, ils ont au moins la difficulté de l’écriture en moins !

      Bon pour les clis et ulis je connais pas et je sais pas comment ça marche mais il me semblait que les résultats étaient surtout assez positifs. Je me remettrais plutôt à des parents pour parler de ça, je connais pas très bien.

      Quant à ses difficultés eh bien, elles sont spécifiques à chacun alors je ne peux pas parler pour lui.. Il faudrait discuter avec lui (je pense ??? Je suis pas parent après tout). Ce qu’on retrouve souvent, c’est de l’anxieté, et je pense qu’il faut faire attention à le valoriser et à mettre en avant ses réussites et ses atouts, parce que les troubles des apprentissages ne font pas beaucoup de bien à l’estime de soi ><

      Bon en tout cas en ce qui concerne les difficultés que la plupart des dyspraxiques rencontrent, y'en aura une petite panoplie sur le blog, c'est juste que c'est plus axé vie quotidienne pour moi parce que ça se passe assez bien à la fac.
      Le prochain article c'est sur le rangeage de chambre (l'epreuve !!! ….. :))

  4. Merci pour vos témoignages ! Mon fils de 12 ans a été diagnostiqué dyspraxique il y a 2 ans ! Cela le réconforte de savoir qu’il n’est pas seul et surtout que l’on peut parfaitement réussir dans la vie malgré son handicap !
    Bon courage et encore merci !

  5. Salut J’ai 37 ans .Bravo pour ton blog et je souris en le lisant en effet : j’ai le même problème diagnostiqué en 2000. J’ai fait la démarche de moi même. En 2009 j’ai repris mes études et en 2012 j’ai obtenu une licence et chose intéréssante ma dyspraxie a régréssé. Même si bah la concentration est pas terrible et que bon…quand je suis fatigué c’est mon entourage qui râle. le hic c’est que je suis anxieux et que je mets un point d’honneur à ne pas être un drame sur pattes dans les tâches domestiques. Le truc qui aide beaucoup c’est la répétition mais bon c’est laborieux coté impréssion. J’ai remarqué aussi que je sais quoi faire pour réaliser quelquechose le seul truc c’est que je m’y prends toujours d’une manière différente.

  6. « Je ne savais pas me repérer dans l’espace (c’est marqué dans tous mes bulletins), et je pleurais de frustration sur mes exercices de mathématiques et de géométrie »

    HAHAHA dieu merci je ne suis pas la seule *high five de la vie*

    C’est quelque chose d’assez intéressant à lire (sur tumblr mais ton blog est bien aussi), et surtout (même quand on est pas dyspraxique) on ressent une sorte de décompression à voir que ça arrive aussi, et que parfois, même quand on fait de son mieux, même quand on y met toute son énergie, ça arrive que ça marche pas (l’espace temps pour moi est quelque chose de vraiment mystérieux je ne comprend ni le temps qui passe, ni les lieux dans lesquels je me trouve, de même que l’organisation) mais les petits conseils que tu donnes peuvent aider même les personnes qui n’en sont pas atteintes et qui veulent arriver à évoluer.

  7. Quand j’avais 7 ans, au moment de peut-être sauter une classe, j’ai été diagnostiquée avec un trouble psychomoteur et une très mauvaise écriture, ce qu’on appelle aujourd’hui dyspraxie et dysgraphie. J’ai fini par écrire suffisamment lisiblement et rapidement au lycée et j’ai pu poursuivre mes études jusqu’au bout, en Biologie, y compris en manipulant sous un microscope… Cela n’a pas été facile à acquérir, mais j’y suis arrivée…
    Mon repérage dans l’espace (je n’ai pas de dyspraxie visuo spatiale mais la figure de Rey… c’est pas top !) est assez limité, je ne sais toujours pas la gauche de la droite ni sur moi, ni sur autrui, ni pendant un chemin.
    Mes amis trouvent que j’ai une drôle de façon d’envisager les déplacements : je n’ai pas de carte routière dans la tête de tous les endroits où je suis passée, et je ne peux pas en recréer une tant que je ne l’ai pas parcourue en vrai : je suis super douée pour retrouver un endroit d’où je suis partie mais tout simplement parce que j’ai mémorisé tous les endroits successifs par lesquels je suis passée.
    Par contre, je vais tous les jours chercher le lait dans le cellier au lieu du frigo (les portes sont voisines), mon bureau est un capharnaüm pas possible, je n’arrive pas à planifier correctement et complètement une tâche, il y a toujours des étapes non prévues qui arrivent je ne sais comment à se faufiler. Même les listes to-do-lists ne sont pas efficaces…
    Quand aux encadrements de porte, aux meubles, etc, ils semblent se déplacer pour se placer sur mon chemin … J’ai des bleus partout… Je n’étais pas très mauvaise en sport mais meilleure en course qu’en sports plus collectifs… Si je réussissais en basket, c’est par ma façon de me placer et de passer le ballon à celles qui pouvaient marquer. Réussir un panier, pas pour moi.
    Et à la pétanque, je peux être très douée, mais je suis incapable de refaire deux fois le même lancer, je ne contrôle quasiment aucun muscle consciemment et je ne sens pas l’intensité du mouvement que j’exécute. Un peu de Pilates et de rééducation m’ont permis de contrôler quelques muscles profonds mais la progression en5 ans est assez dérisoire.
    Le pire, c’est tous les jeux de raquette… Je ne sais pas pourquoi elles ne touchent que très rarement la balle. Du coup, je joue avec mon fils… Je lui ai transmis ma dyspraxie, les chances sont égales comme cela…
    J’ai un chouette boulot, même si ma dyspraxie rend les choses plus difficile… Mais mon boulot m’a permis de rééduquer mon écriture (et j’ai même appris à écrire à gauche, facile vu mon degré d’ambidextrie… ), j’ai repris des études en Master 2 et je m’en tire plutôt bien.
    Bon courage à tous !

    • J’ai une dyspraxie visuo-spatiale et une hyperactivité non prise en charge quand cela aurait du être fait. J’ai réussi laborieusement à rectifier le tir . Je fais un master d’éducation thérapeutique , ce qui me sauve c’est que j’ai appris à travailler de manière autonome. Pour le travail en groupe ben je gère comme je peux , pour les consignes souvent il faut me canaliser ,c’est pas facile. Je parviens à ranger un tant soi peu , par contre je déplace tout le temps les objets et je les remets jamais à leur place identique. Je fais aussi les choses parfois sans regarder.Coté paniers au basket … hmm je suis manchot. Je me débrouille bien au foot sur les frappes de longue distance et sur le placement et les passes. Par contre j’ai du mal à frapper un corner correct. Coté écriture ben si ça c’est lisible , si je suis fatigué ça ne l’est pas. Heureusement que Word éxiste. je suis ambidextre pour mal de tâches. J’ai un bon niveau d’études par contre pour le boulot je suis un peu inquiet car je n’ai pas l’impression de pouvoir être performant en permanence mais en quelquesorte quand je sens que je peux l’être . Là je donne tout. Aprés je me pose. Vous faites comment vous?

      • Pour la performance ? Baaah on va dire qu’à la fac, je suis pas épuisée par les horaires… Même si quand je prends à8h en général je dors au fond de la classe. En fait c’est ce qu’il me plait à l’université, c’est qu’on travaille tout seul, alors je bosse quand je sais que je suis en forme et je me pose dans des endroits calmes pour faire ça. Ca n’empêche pas les révisions en catastrophe avant les partiels parce que j’ai oublié une matière ou que j’ai pas travaillé autant que j’aurai du… Effectivement tout cela va peut-être changer en entrant dans le monde du travail..
        En ce qui concerne le sport, j’en fais pas, je suis trop nulle et le collège m’en a dégoutée :p

      • Ah le collège et les sympathiques remarques que l’on peut entendre… perso je fais du sport comme je peux . Ce qui compte c’est que je me dépense sans me faire mal.
        Je fais comme toi pour le boulot , genre je vais chercher les bouquins à la bilbio et je bosse chez moi ou dans un endroit super tranquille. Un bruit un brin continu et je me déconcentre rapdio. C’est chiant mais bon c’est ma vie et c’est mon cerveau 🙂

  8. maman d’un enfant dyspraxique de 8 ans, vous n’imaginez pas le bien que ça me fait de vous lire…vous avez tous, en racontant un peu de votre parcours, réussi à me donner courage et surtout à éliminer tous les nuages qui assombrissaient mon ciel quand à l’avenir de mon fils, moi maman-poule très angoissée qui s’inquiète tellement pour son poussin…je vous remercie infiniment et vous souhaite une bonne continuation et surtout au plaisir de vous relire…

  9. Bonjour,

    AVSi depuis presqu’un an d’un enfant de 9 ans, dyspraxique et disphasique, je me nourris depuis qq temps de toutes les informations que je peux trouver sur le net pour le comprendre et l’aider toujours un peu plus dans ses apprentissages car je trouve que les enseignants qu’il a ne lui proposent pas assez « d’astuces » pour progresser, n’adaptent pas toujours leurs exercices à ses difficultés (même s’ils sont très compréhensifs avec lui surtout par rapport à son comportement dans l’école tout au long de sa -longue- journée). C’est comme cela que je suis tombée sur votre blog. Merci de témoigner comme vous le faîtes, je suis sûre que je vais apprendre plein de choses! (comme l’hypersensiblité – mon petit protégé est très sensible et a toujours chaud; moi frileuse j’insiste parfois pour qu’il se couvre bien car on habite en montagnes, mais je crois que je vais devoir ronger mon frein…!). Moi qui adore lire et écrire…. je me régale de votre style! A bientôt ^ ^

  10. Bonjour, j’ai lu votre blog car il parlait de la dyspraxie. Moi, j’ai 13 ans et je suis atteinte de dyspraxie visuo-spatial. J’adore votre blog, je me reconnais dedans. C’est très bizarre de lire un blog où l’on se reconnait. Au revoir

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